
La conférence, présentée le 26 mai 2026, est animée par Frédéric Mallégol agrégé d'histoire-géographie, née à Brest en 1972 et ancien enseignant à l'Université de Bretagne Occidentale (UBO). Passionné par sa ville, Brest, il a déjà guidé des visites pour l'UTL. Cofondateur de l'ELFE Culture de la forêt enchantée, il est reconnu pour ses visioconférences alliant culture et humour depuis la crise sanitaire. Il intervient régulièrement dans les UTL de Bretagne, considérant la culture et l'histoire comme des leviers puissants pour créer du lien social.
La conférence aborde le sujet géopolitique du renouveau nationaliste russe sous Vladimir Poutine. Elle débute par une image de Poutine, décrite comme “glaçante”, regardant l'immense territoire russe.
Frédéric Mallégol rappelle le contexte de la fin de l'année 1999. Le 31 décembre, Boris Eltsine, alors président affaibli, malade et empêtré dans des affaires de corruption, annonce sa démission dans l'indifférence générale.
Il nomme alors son Premier ministre depuis août 1999, un quasi-inconnu nommé Vladimir Poutine, pour assurer l'intérim jusqu'aux élections. À cette époque, la Russie est un pays disloqué, affaibli économiquement par la chute de l'URSS et gangrené par la corruption. Face à ce déclin, l'objectif de Poutine sera de restaurer la grandeur de la Russie en s'appuyant sur une matrice politique claire : le nationalisme. Frédéric Mallégol distingue ce nationalisme du patriotisme en citant Romain Gary : “Le patriotisme, c'est l'amour des siens, le nationalisme, c'est la haine des autres”.
Le plan de la conférence est chronologique :
1. 2000-2010 : Le retour d'une grande puissance.
2. Post-2010 : Une puissance devenue agressive, culminant avec l'invasion de l'Ukraine.
Vladimir Poutine, né en 1952, n'est pas présenté comme un intellectuel mais comme un homme ambitieux, issu de l'école des officiers soviétiques des années 70-80. Il est profondément marqué par la nostalgie d'une URSS dominante et perçoit la chute du mur de Berlin le 9 novembre 1989 comme un effondrement. En tant qu'officier du KGB, puis chef de son successeur le FSB, il est aux premières loges de la “défaillance” de l'État sous Eltsine. Il critique la complaisance de ce dernier envers l'Occident, symbolisée par sa relation avec Bill Clinton.
En mars 2000, Poutine est élu président. Un reportage d'archives de l'époque, diffusé pendant la conférence, montre l'incertitude qui règne alors. Les Russes sont dans l'expectative, certains craignant pour leurs libertés à cause de son passé au KGB, tandis que l'armée espère qu'il restaurera sa puissance. On y voit un Poutine qui se veut réaliste, affirmant qu'il ne faut “s'attendre à aucun miracle”.
Dès son arrivée, Poutine s'attelle à restaurer l'autorité de l'État, ou “la verticale du pouvoir”. Sa première grande réforme est administrative : il simplifie drastiquement l'organisation territoriale, passant de 89 “oblasts” (régions) complexes à seulement 7 grandes circonscriptions administratives, dont les gouverneurs sont désormais nommés par lui et lui sont directement inféodés. Cette centralisation vise à reprendre le contrôle sur l'ensemble du territoire.
En parallèle, il lance une offensive contre les oligarques, ces hommes d’affaires qui s’étaient enrichis lors des privatisations post-soviétiques et manipulaient le pouvoir sous Eltsine. Sous le prétexte d'instaurer une “dictature de la loi”, il fait arrêter plusieurs figures majeures comme Vladimir Goussinski, Boris Berezovsky, et Mikhaïl Khodorkovski. Cette manœuvre, perçue comme une lutte contre la corruption, lui permet en réalité de remplacer l’ancienne élite par une nouvelle, composée de fidèles issus des services de sécurité, s’appropriant ainsi les richesses du pays, notamment les rentes des hydrocarbures.
Pour renforcer son autorité, Poutine s'appuie sur la Douma. Il crée le parti “Russie Unie”, qui transforme l’assemblée en une simple chambre d’enregistrement. Cette stratégie culmine avec sa réélection dès le premier tour en 2004. Sa popularité est également soutenue par une conjoncture économique favorable, une forte hausse du prix des hydrocarbures permettant de doubler le PIB et de financer une politique sociale généreuse.
Sur la scène internationale, il adopte initialement une posture coopérative, accueillant le G8 en 2006, coopérant dans la guerre en Afghanistan en 2001, mais s’opposant à la guerre en Irak en 2003. Cependant, des déclarations chocs comme “L'éclatement de l'URSS est la plus grande catastrophe géopolitique du 20e siècle” révèlent déjà un nationalisme profond.
L'idéologie de Vladimir Poutine n'est pas une nostalgie de l'URSS communiste, mais plutôt un nationalisme profond visant à restaurer la “Grande Russie” de l'époque des tsars. L’URSS est vue comme une parenthèse ayant permis à la Russie de maintenir sa domination.
L'élargissement de l'UE et de l'OTAN vers l’Europe de l’Est est perçu comme une menace directe. Poutine et les stratèges russes souffrent du “complexe obsidional” (complexe de la citadelle assiégée), une paranoïa alimentée par les invasions passées qui les pousse à vouloir créer un “glacis” protecteur.
Pour se maintenir au pouvoir au-delà de la limite constitutionnelle, Poutine a utilisé des techniques de fraude électorale (“vote sous contrôle”, vote multiple), a placé Dmitri Medvedev à la présidence pour un mandat (2008-2012) avant de revenir lui-même, et a organisé un référendum pour prolonger son mandat potentiel jusqu’en 2036.
En tant que “grand révisionniste de l'histoire”, Poutine a forgé une alliance puissante avec l'Église orthodoxe russe, autrefois persécutée. Le patriarche de Moscou, Kirill, ancien espion du KGB, est devenu le bras armé de son nationalisme, justifiant ses actions, notamment la guerre en Ukraine, comme une lutte contre les “forces du mal”. Cette “alliance du sabre et du goupillon” renforce l’autorité du régime.
La dérive autoritaire se manifeste par une traque systématique des opposants. Des figures comme Garry Kasparov ont été contraintes à l’exil. D’autres ont connu un sort plus tragique, comme Alexandre Litvinenko (empoisonné au polonium en 2006) ou Alexeï Navalny, emprisonné après avoir survécu à un empoisonnement et décédé en détention en 2024, présenté comme un “martyr de la liberté d’expression”.
Le soft power traditionnel russe ayant échoué, le régime utilise massivement les réseaux sociaux et les médias contrôlés par l’État comme Sputnik et Russia Today (RT) pour diffuser sa propagande. Celle-ci vise à valoriser les idéaux russes, discréditer les valeurs libérales occidentales et promouvoir une doctrine conservatrice et patriarcale.
Un exemple marquant de cette tension est la conférence de presse à Versailles en 2017. Interrogé par une journaliste de RT, Emmanuel Macron a qualifié ce média et Sputnik d’ “organes d’influence” et de “propagande mensongère”.
La déclaration cinglante du président français a été écoutée avec un visage impassible par Vladimir Poutine.
Cette campagne de désinformation est particulièrement efficace en Afrique, où un passif anti-français est exploité pour déstabiliser les opinions publiques et les rendre russophiles. Des manifestations anti-françaises et des distributions de drapeaux russes illustrent ce phénomène.
En République centrafricaine, la Russie est intervenue en 2018 et a été accueillie en libérateur. La propagande y prend des formes variées, y compris des dessins animés pour enfants montrant un ours puissant (la Russie) se tenant devant un lion (symbolisant la France).
Cette stratégie de manipulation s’inscrit dans une confrontation entre la vision poutinienne (autoritaire, souverainiste, conservatrice) et la vision occidentale (démocratie, droits de l’homme).
Face à un “monde occidental hostile”, la Russie construit un bloc anti-occidental, s’alliant avec des puissances comme la Chine de Xi Jinping et l’Inde de Narendra Modi, qui financent l’effort de guerre russe en achetant ses hydrocarbures.
L’expansionnisme agressif se manifeste en Géorgie (2008) et en Ukraine. Suite à la révolution de Maïdan en 2014, Poutine annexe la Crimée et soutient les séparatistes du Donbass. Cet expansionnisme s’appuie sur des groupes paramilitaires comme la milice Wagner (aujourd’hui renommée Africa Corps), qui a supplanté l’influence française au Sahel par des coups d’État au Mali, Niger et Burkina Faso.
Le 24 février 2022, “l’opération spéciale” visant l’invasion totale de l’Ukraine est lancée. Malgré un raidissement nationaliste en Russie et un contrôle total de l’information (171e place au classement de la liberté de la presse), l’offensive est considérée comme un échec militaire relatif. Après des années de conflit, le front est quasiment gelé et la Russie n’occupe illégalement que 20% du territoire ukrainien.
L’invasion de 2022 marque la fin de l’illusion de paix en Europe et l’aboutissement logique du nationalisme russe. Comme le disait François Mitterrand, “le nationalisme, c’est la guerre”. Ce conflit est devenu un combat planétaire, révélant une fracture mondiale lors du vote à l’ONU sur la condamnation de l’agression. De nombreux pays ont refusé de condamner la violation du droit international, remettant en question l’ordre établi depuis 1945.
La discussion finale, tenue le 26 mai 2026, souligne un contexte global désespérant, marqué par un retour à “la loi du plus fort”. Le régime russe est qualifié de “dictature” à l’idéologie “conservatrice et archaïque”, où le peuple, n’ayant jamais connu la démocratie, est brutalisé et où la vie humaine a peu de valeur.
Quant à la chute de Poutine, elle pourrait survenir brusquement. Une “révolution des ventres” ou l’enlisement dans une “guerre d’attrition” en Ukraine sont des risques majeurs pour lui. La multiplication des conflits mondiaux, comme celui entre Israël et Gaza, lui est bénéfique car elle détourne l’attention de l’Ukraine et lui permet de se poser en défenseur des “peuples” contre un “Occident colonial”. Face à ce chaos, l’Europe est présentée comme le seul rempart tentant de s’organiser et de se réarmer.
pour en savoir encore plus .....