Public très nombreux (près de 200 personnes) malgré le début des vacances pour écouter Khalil, adhérent de notre UTL qui nous a relaté "son aventure" du spatial qui l'a occupé plus de 40 ans avant de venir passer sa retraite à Binic-Etables-sur-Mer.
Des échos à chaud le public a été enchanté tant sur le fond que sur la forme par cette conférence.
merci à Khalil.




● Définition de l'espace : L'espace commence au-delà de 100 km de la surface terrestre, une limite fixée par la Ligne de Kármán et adoptée par la Fédération Aéronautique Internationale.
● Les satellites : Ce sont des objets spatiaux orbitant autour d'un corps plus massif (naturels comme la Lune, ou artificiels fabriqués par l'humain). Ils fonctionnent comme de véritables super-automates composés d'une enveloppe, d'une source d'énergie, d'instruments scientifiques, de systèmes de navigation et d'antennes. Ils se déclinent en plusieurs catégories de poids, allant du mini-sat de 500 kg au pico-sat de moins d'un kilo.
● Les orbites :
○ LEO (Basse) : Située entre 300 et 1 000 km d'altitude, avec une vitesse d'environ 25 000 km/hrs.
○ MEO (Moyenne) : Entre 5 000 et 20 000 km d'altitude, à 15 000 km/hrs.
○ GEO (Géostationnaire / Haute) : À 36 000 km d'altitude, à 11 000 km/hrs.
● Applications principales :
○ Les prévisions météorologiques (Eumetsat, MTG, Metop).
○ L'observation de la terre (système européen Copernicus et ses satellites Sentinel pour le climat, l'agriculture, les catastrophes naturelles).
○ La localisation par les systèmes de géolocalisation globaux (GPS aux USA, Galileo en Europe, Glonass en Russie, Beidou en Chine).
○ L'exploration scientifique (comme la mission Ramses vers l'astéroïde Apophis en avril 2029).
○ Les télécommunications à travers les constellations (Iridium) et les satellites géostationnaires (Neosat).
○ La surveillance militaire et l'espionnage (ex. : l'incident du satellite russe Louch-Olymp s'approchant d'un satellite franco-italien).
● Économie spatiale : Un satellite de télécommunication coûte entre 100 et 250 millions d'euros, un satellite d'observation entre 300 et 500 millions d'euros, et une mission d'exploration scientifique peut atteindre près d'un milliard d'euros. Le coût d'un lancement s'élève à 50-70 millions d'euros, tandis qu'une constellation complète se chiffre à 15-20 milliards d'euros.
● Le droit de l'espace : Il est régi à l'origine par 5 grands traités de l'ONU :
1. Traité de l'espace (1967) : Base juridique fondamentale, interdiction des armes nucléaires en orbite et liberté d'exploration (articles I, II et IV).
2. Accord sur le sauvetage (1968) : Assistance aux astronautes en détresse.
3. Convention sur la responsabilité (1972) : Responsabilité absolue des États pour les dommages causés.
4. Convention sur l'immatriculation (1975) : Obligation d'inscrire chaque objet lancé dans un registre.
5. Accord sur la Lune (1979) : Déclare la Lune patrimoine commun de l'humanité (très peu ratifié).
● Les violations et contournements : Le monopole des États est bousculé par des lois nationales permissives, à l'image du US Space Act de novembre 2015 (signé par Barack Obama) autorisant l'exploitation commerciale des ressources spatiales par des citoyens américains, suivi par le Luxembourg (2017), les Émirats arabes unis (2019) et le Japon (2021).
● Panorama institutionnel mondial :
○ États-Unis : NASA (civile/militaire), NOAA (océans/atmosphère), DARPA (recherche avancée), US Space Force (créée en 2019) et la FCC (fréquences et orbites).
○ Russie : Roscosmos et l'agence Khrounichev.
○ Chine : CNSA, CASC, CLEP (missions lunaires) et l'Armée populaire de libération.
○ Europe : L'ESA (coopération multinationale), soutenue au niveau national par le CNES pour la France, ainsi qu'Eumetsat et l'Agence de l'Union européenne pour le programme spatial (EUSPA).

● L'histoire de la conquête spatiale s'enracine dans la rivalité de la Guerre froide, alimentée initialement par les technologies de la fusée allemande V2 (Wernher Von Braun aux USA, Helmut Grottrup en URSS).
● Aujourd'hui, deux blocs s'affrontent à travers des projets lunaires majeurs :
1. Le projet Artemis (mené par les États-Unis avec plus de 66 alliés, dont l'Europe) qui vise une base habitée permanente et l'exploitation des minerais lunaires.
2. La Station Internationale de Recherches Lunaires (ILRS), portée par la Chine et la Russie aux côtés de 13 alliés.
● Les ressources convoitées au pôle Sud de la Lune : L'eau glacée (pour la survie des astronautes et la production de carburant), l'Hélium 3 (promesse d'une fusion nucléaire plus propre, prisé entre 3 et 20 millions de dollars le kilo) et les terres rares indispensables aux technologies terrestres (smartphones, batteries, ordinateurs).
● L'espace est devenu un nouveau théâtre d'opérations militaires :

○ Espionnage et contre-mesures : La France a créé en novembre 2019 son Commandement de l'Espace (CDE) suite aux manœuvres d'intimidation russes, et s'appuie sur des satellites souverains (CERES, CSO, Syracuse, Yoda).
○ Cyberattaques : En février 2022, une cyberattaque russe contre le réseau satellitaire Viasat a mis hors service les communications de l'armée ukrainienne tout en perturbant des milliers d'abonnés civils et des éoliennes en Europe.
○ Ingérence privée : Le rôle ambigu d'Elon Musk avec Starlink, qui a fourni 150 000 terminaux à l'Ukraine avant de couper l'accès lors d'une attaque en Crimée pour « empêcher une troisième guerre mondiale ».
○ Escalade armée : Annonce par Donald Trump du projet US Golden Dome (dôme antimissile spatial estimé entre 175 et 542 milliards de dollars) et déclaration officielle de l'US Space Force confirmant détenir des armes de contrôle en orbite.
○ La réponse européenne : Le projet de constellation sécurisée IRIS² (330 satellites en orbite basse et 18 en orbite moyenne pour 15 milliards d'euros) validé pour sécuriser les communications critiques d'ici 2030.
● Émergence d'un modèle ultra-compétitif dominé par les mégaconstellations privées en orbite basse (LEO).
● Starlink (SpaceX) : Conçoit ses propres satellites, lanceurs et terminaux. Avec environ 10 300 satellites opérationnels, 12 millions d'abonnés et 15 milliards de dollars de chiffre d'affaires, le géant américain s'appuie historiquement sur des subventions massives de la NASA et du Pentagone.
● Face au monopole américain, la concurrence s'organise avec le projet chinois Qianfan (15 000 satellites) et Guowang (13 000 satellites), ainsi que les réponses européennes (Eutelsat-OneWeb et IRIS²).
● La saturation des débris spatiaux : Plus de 10 200 objets actifs côtoient des millions de débris issus de collisions (comme celle entre Iridium-33 et Kosmos-2251 en 2009) ou de tirs de missiles anti-satellites menés par les grandes puissances (USA, Chine, Russie, Inde).
● L'ESA tente d'amorcer des opérations de nettoyage (projet de destruction du module Vespa de la fusée Vega).
● En parallèle, l'administration américaine a ordonné à la NASA d'atteindre 1 000 lancements par an d'ici 2030, allant jusqu'à supprimer 13 articles de lois fédérales sur la protection de l'environnement (études d'impact, espèces menacées) pour accélérer la cadence.
● Le mythe de la "Nouvelle Frontière" : Porté par l'idéologie américaine de la "destinée manifeste" et de l'expansionnisme de type Star Trek, combiné aux visions de figures libertariennes et de la Mars Society (Robert Zubrin).
● La colonisation de Mars : Un projet affiché par SpaceX (visant un million de colons), malgré des conditions sanitaires et physiques extrêmes pour l'humain (radiations cosmiques, microgravité, stress psychologique). Des experts en éthique et des scientifiques (Jacques Arnould, Athéna Coustenis) alertent sur le risque de contaminer et de détruire définitivement le terrain scientifique martien avant toute investigation biologique rigoureuse.
● Le cas des CGU de Starlink : L'article 11 des conditions générales d'utilisation de Starlink stipule curieusement que pour les services fournis sur Mars ou en transit, les parties reconnaissent Mars comme une « planète libre » affranchie de toute souveraineté terrestre, les litiges devant être réglés par des principes autonomes.
● Le secteur subit un vide juridique grandissant face à la privatisation des astres, aux zones de sécurité militaires imposées et aux dérives de sociétés ou d'États s'affranchissant des traités internationaux de 1967, fragilisant ainsi la gouvernance mondiale de l'ONU.

● Télécommunications directes : Le smartphone de demain se connectera directement aux satellites, court-circuitant les antennes-relais terrestres et les câbles de fibre optique.
● Data Centers orbitaux : Des projets de fermes de serveurs informatiques en orbite basse (Starcloud, Cowboy Space) pour répondre à la demande énergétique et de calcul.
● Nouvelles bases de lancement et tourisme spatial : Multiplication des spatioports commerciaux à travers le monde (ex: contrat de lancement Latitude & Oman, bases en Somalie) et essor du tourisme spatial habité (partenariats du CNES avec la société américaine VAST et sa station Haven-1 prévus pour 2027-2028).
Après la séance de Questions /réponses, une partie de public se regroupe autour des maquettes de satellites apportées par Khalil. La conférence se poursuit ....


