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Conférence Télémédecine par Dr Pierre Simon, 3 Mars 2026

 

 Introduction et Parcours de Pierre Simon, Pionnier de la Télémédecine

Le Dr Pierre Simon, néphrologue hospitalier à Saint-Brieuc de 1974 à 2007, est présenté comme l’un des acteurs majeurs de la télémédecine en France. Inspiré dès 1995 par les travaux du Professeur Louis Lareng (CHU de Toulouse, fondateur du SAMU Centre 15), il adapte la téléconsultation à la néphrologie pour instaurer un dialogue à distance entre spécialistes et médecins généralistes, réduisant la surcharge de consultations et le parcours éprouvant des patients dialysés, enfants et personnes âgées. En 2001, il lance la télédialyse, aujourd’hui recommandée par la Haute Autorité de Santé. Sur le plan institutionnel, il fonde l’ANTEL en juin 2006 (premier président jusqu’en août 2007), rejoint ensuite le ministère de la Santé comme Conseiller Général des établissements de santé, co-signant avec Dominique Acker un rapport sur la place de la télémédecine dans l’organisation des soins. Il reprend la présidence de l’ANTEL en janvier 2010 pour l’ouvrir à toutes les spécialités, laquelle devient la Société Française de Télémédecine en mars 2014. Il quitte la présidence en octobre 2015.

Après 2015, le Dr Simon accompagne, à la demande des autorités françaises, des programmes internationaux de télémédecine en Colombie, au Brésil, au Maroc, en Tunisie, en Algérie et en Afrique subsaharienne (notamment Côte d’Ivoire, Sénégal). Ces activités se poursuivent par vidéoconférence durant la pandémie, contribuant à la reconnaissance mondiale de l’expertise française. Il crée le blog TéléMédaction en janvier 2016 pour promouvoir des parcours hybrides associant soins distanciels et présentiels, et cofonde en décembre 2023 un think tank en santé numérique et télésanté, visant à valoriser les pratiques de terrain au-delà des plateformes.

Les Origines et l’Évolution de la Télémédecine en France

Le terme « télémédecine » remonte à 1920, mais la structuration moderne de la discipline en France doit beaucoup au Professeur Louis Lareng (anesthésiste-réanimateur, CHU de Toulouse), créateur du SAMU Centre 15 en 1968 et d’un centre de recherche en télémédecine en 1989. Il met en place une téléconsultation (aujourd’hui qualifiée de téléexpertise) pour organiser le dialogue entre médecins et mieux gérer les transferts vers le CHU. Les résultats sont probants : 48% des transferts évités et 22% des diagnostics corrigés, évitant des pertes de chance. Ce socle méthodologique, toujours référentiel, atteste que le dialogue interprofessionnel à distance améliore l’efficience sans dégrader la qualité. Lareng décède en 1996.

En parallèle, en Europe, le Professeur Stenhard Petersen (Université de Tromsø, Norvège) conçoit, dans les années 90, la télédialyse pour des patients vivant dans des villages de l’Arctique. Le tournant de l’Internet est illustré par l’expérience australienne présentée à Londres en 2000, révélant la faisabilité de l’e-santé. En France, l’expérimentation « e-santé 2000 » du début des années 2000 échoue. Le bilan demandé en 2007 au Dr Simon et à Dominique Caquet souligne l’erreur d’avoir distribué des « valises de télémédecine » sans formation et sans consensus professionnel, conduisant à leur abandon. La leçon est claire : aucune innovation organisationnelle en télémédecine ne réussit sans adhésion et formation des soignants. La résistance tient à une culture clinique ancrée depuis Napoléon, où le « bon » médecin se forme au lit du patient. Environ 50% des médecins s’opposent alors à la télémédecine, perçue comme inférieure au présentiel. Or, il est affirmé que la médecine à distance, correctement construite, n’est pas une forme dégradée de soin. Au XXIe siècle, coexistent une médecine clinique présentielle et une médecine distancielle, chacune avec ses indications et standards de qualité.

La Transformation Actuelle du Système de Santé : Pratiques, Outils et Cadre Légal


La transformation vers une médecine hybride associe soins à distance et présentiels, avec des outils numériques qui repositionnent le patient comme acteur de sa santé. « Mon Espace Santé », lancé en 2019, est un espace citoyen sur smartphone comprenant quatre services majeurs : dossier patient (intégrant le Dossier Médical Partagé), agenda de rendez-vous, messagerie sécurisée, carnet de vaccination. Bien que très pertinent pour la souveraineté numérique et la sécurité des échanges (données de santé considérées comme l’« or noir du 21e siècle »), son adoption reste faible (environ 30 utilisateurs sur 250 en conférence), freinée par un déficit de formation et une perception de concurrence avec les logiciels métiers. Depuis le 1er janvier 2024, les comptes rendus des professionnels doivent alimenter le DMP, obligation qui a suscité une levée de boucliers syndicale ; la stratégie ministérielle privilégie désormais la conviction et la formation, à l’image des réussites scandinaves.

Le cadre légal posé par la loi « Hôpital Patients Santé Territoire » de 2009 définit cinq pratiques de télémédecine : téléconsultation, téléexpertise, télésurveillance médicale, téléassistance médicale, et réponse médicale du Centre 15. La pandémie de COVID-19 agit comme accélérateur, rendant la télémédecine visible du grand public : 5 millions de téléconsultations en avril 2021 ; les volumes remboursés passent de 60 000 en 2019 à 20 millions en 2020, 16 millions en 2021, pour se stabiliser autour de 14 millions aujourd’hui. La téléconsultation est surtout portée par les jeunes actifs en télétravail durant le confinement. Toutefois, elle représente moins de 6% de l’activité globale des médecins généralistes en France, avec une réticence marquée des médecins de plus de 50 ans. Les plateformes, initialement critiquées, ont vu leur activité progresser et sont aujourd’hui agréées, avec obligation de verser un compte rendu dans « Mon Espace Santé ». La France demeure en retrait par rapport à d’autres pays européens (environ 3% de l’activité des généralistes contre 30% au Danemark, 32% en Suède, 25% en Norvège, 30% en Espagne, 25% au Portugal). Pour lever les freins, l’Assurance Maladie organise des « assises de la télémédecine » de juin 2025 à janvier 2026.

Sur le plan démographique, le vieillissement mondial intensifie les maladies chroniques et la polypathologie, augmentant la demande de soins : entre 2000 et 2050, la proportion des plus de 65 ans va plus que doubler en Europe et tripler en Asie et en Amérique Latine. Ce contexte appelle des modèles de suivi à distance robustes, intégrés aux parcours.

 

Applications Concrètes de la Télémédecine pour l’Accès aux Soins et le Suivi des Maladies Chroniques

La médecine hybride alterne distanciel et présentiel pour optimiser l’accès aux soins et le suivi, en particulier des pathologies chroniques. La qualité d’une téléconsultation repose sur des conditions techniques et relationnelles précises : écran permettant de voir le visage et le haut du corps, attention aux signes non verbaux, usage d’une tablette ou d’un ordinateur. L’illettrisme numérique affecte 70% des personnes à partir de 65 ans (INSEE), d’où l’importance de la téléconsultation assistée à domicile par une infirmière formée et équipée d’objets connectés (stéthoscopes, tensiomètres, thermomètres, otoscopes, balances connectées, audiomètres), soutenue financièrement par l’Assurance Maladie. Des pharmacies disposent de bornes ou cabines de téléconsultation, utiles en zones isolées ; les EHPAD recourent à la téléconsultation pour des avis dermatologiques sur plaies chroniques, des actes de cardiologie (jusqu’à des échographies en temps réel) ou des suivis post-fracture en orthopédie. Le Service d’Accès aux Soins (SAS), récent (5–6 ans), mobilise plateformes de rendez-vous pour orienter vers des consultations en présentiel ou à distance et désengorger les urgences ; le numéro spécifique du SAS est le 112. Le modèle suisse Medgate (2000) inspire un tri téléphonique préalable au recours médical, avec délivrance d’ordonnances lorsque le présentiel n’est pas nécessaire. Des Organisations Territoriales de Télémédecine (OTT) permettent à des infirmières d’évaluer une situation et d’activer la chaîne médicale via des plateformes.

La téléexpertise structure les parcours entre professionnels. Historiquement, l’expérience de Midi-Pyrénées montre qu’elle évite un transfert au CHU une fois sur deux. En dermatologie, la transmission de photos de lésions au dermatologue permet le tri des cas et la priorisation des patients graves (cancers cutanés, mélanomes). Depuis 2021, cinq professions paramédicales sont conventionnées pour la téléexpertise : orthophonistes, infirmiers, masseurs-kinésithérapeutes, diététiciens, pédicures-podologues. Des parcours de santé visuelle (ophtalmologistes, orthoptistes, opticiens) et auditive (audioprothésistes, ORL) se déploient. Les outils publics (grades des ARS) et privés garantissent sécurité et confidentialité ; les plaies chroniques constituent un champ pionnier, avec téléexpertises en visio pour une exposition multidimensionnelle des lésions.

 

Les objets et applications connectées, stimulées par l’essor du smartphone (depuis 2007), enrichissent la prévention et le suivi : sevrage tabagique, nutrition, et surtout management de l’hypertension artérielle (pathologie touchant 3 milliards de personnes, associée aux AVC). L’automesure à domicile se standardise (3 mesures matin et soir pendant 3 jours) via brassards connectés, bracelets et montres. Le suivi continu est crucial chez les diabétiques et insuffisants rénaux ; une grande campagne de dépistage de l’hypertension artérielle est annoncée par l’Assurance Maladie. La Fondation de recherche en application artérielle développe des apps de contrôle tensionnel.

En cardiologie, l’insuffisance cardiaque, fréquente avec l’âge, entraîne de nombreuses hospitalisations évitables grâce à la surveillance à domicile (détection des décompensations par surcharge en sel et prise de poids), adossée à l’éducation thérapeutique et à des équipes spécialisées y compris privées. Environ 150 000 personnes en France portent un pacemaker ou un dispositif implantable, suivis à distance par les cardiologues ; des holters tensionnels sous-cutanés assurent une surveillance continue sur 24 heures, souvent gérés par des infirmières en cardiologie. Plus de 1000 patients dans les Côtes d’Armor sont suivis pour troubles du rythme, avec un impact préventif sur les morts subites. En diabétologie, des programmes mobiles (ex. Diabeo) aident les jeunes patients sous insuline à stabiliser leur équilibre glycémique ; chez les patients âgés, des capteurs externes mesurent le sucre interstitiel, facilitant l’ajustement des doses. Le couplage capteur–pompe ouvre la voie à un « pancréas artificiel », transformant le contrôle du diabète. En néphrologie, la télédialyse à domicile associe présence infirmière auprès du patient et téléconsultation avec le médecin du service. En pneumologie, des ventilations non invasives connectées sont encadrées par des plateformes de télésurveillance.

Échanges avec le Public : Précisions et Débats sur la Télémédecine


Les discussions confirment que la bonne pratique médicale repose sur la complémentarité entre distanciel et présentiel ; la télémédecine ne s’applique pas à toutes les situations et l’examen clinique reste indispensable dans certains cas. Depuis septembre 2024, un programme de formation initiale à la santé numérique et aux pratiques de télésanté est déployé pour les futurs médecins, infirmières et masseurs-kinésithérapeutes. La formation continue a toutefois peu progressé pour des raisons culturelles, et un déploiement plus large est anticipé à l’horizon 2030–2035.

Concernant les « déserts médicaux », la télémédecine requiert des médecins et doit être organisée différemment : plateformes avec médecins situés dans le territoire ou la région, et maillage par la fibre optique d’ici 2027 pour assurer la qualité des connexions dans les zones isolées. Les médecins exercent de plus en plus en groupes (patientèle moyenne d’environ 1500 personnes), rendant l’installation isolée difficile dans les petites communes (ex. 700 habitants). Le terme « désert médical » sert d’alerte, mais des solutions organisationnelles existent au niveau territorial. Le SAS, joignable au 112, oriente les soins non programmés et contribue à désengorger les urgences.

La psychiatrie est la spécialité la plus engagée en téléconsultation depuis la pandémie, l’examen physique n’étant pas nécessaire et la relation thérapeutique se prêtant bien au distanciel, notamment pour les jeunes. Des psychiatres estiment même que la téléconsultation est mieux acceptée par les jeunes qu’une obligation de présentiel. Par ailleurs, l’accès aux téléconsultations est multiple : cabines en pharmacie (environ 30% des 14 millions de téléconsultations remboursées), logiciels sécurisés des médecins (environ 50% des actes), et plateformes comme Doctolib pour des praticiens déclarés « en capacité » de les faire. Le frein principal demeure une réticence d’une partie des médecins à pratiquer la téléconsultation.

Sur le plan économique, la téléconsultation, initialement tarifée à l’équivalence du présentiel, a vu son tarif différer depuis la convention médicale de 2024 : téléconsultation à 25€ contre 30€ pour le présentiel. Sur le plan scientifique, lorsqu’elle est bien conduite (interrogatoire de qualité, motif pertinent), une téléconsultation de 13 à 14 minutes est équivalente au présentiel. L’Assurance Maladie finance l’équipement en objets connectés pour les téléconsultations assistées via un forfait dédié.

 

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